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Catégorie
Société

Violences et harcèlement : #They too... Elles surtout

Par 
Comité de rédaction
Alexandra Luthereau
Numéro 152 1er mars 2018
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Dessin Ranson
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Le mouvement de libération de la parole des femmes concernant le harcèlement et les violences qu’elles subissent s’est propagé de manière virale au gré des #balancetonporc et #MeToo. Mais la parole plus spécifique des femmes en situation de handicap n’a pas émergé. Pourtant, compte tenu de l’ampleur du phénomène, le sujet mériterait que le grand public et les pouvoirs publics s’en préoccupent et agissent.

 

Les chiffres sont terribles. Selon un rapport européen de 2007, 80 % des femmes en situation de handicap sont victimes de violences, que celles-ci soient médicales, verbales, physiques, psychologiques, sexuelles, économiques ou conjugales. Et ces femmes sont quatre fois plus susceptibles de subir des violences sexuelles. Ces données datent, mais sont les seules existantes. Cela étant, elles corroborent ce que l’association Femme pour le dire femme pour agir (FDFA, voir encadré) constate et dénonce au quotidien. Comment expliquer un tel phénomène ? « Ces violences ont lieu avant tout parce qu’elles sont des femmes. Elles subissent la violence en raison des rapports inégalitaires qui organisent nos sociétés à domination masculine », explique Claire Desaint, vice-présidente de FDFA.

Le handicap accentue encore le phénomène et... « réduit à peau de chagrin leurs possibilités de défense », souligne le rapport du Haut Conseil à l’égalité (HCE) entre les femmes et les hommes, publié en novembre 2016 (Rapport final d’évaluation du 4e plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes). En effet, « le handicap renvoie au manque, à notre propre fragilité d’être humain, que l’on aimerait bien oublier mais que la personne en situation de handicap nous rappelle », souligne Clotilde Largillier, bénévole de FDFA. « Cela peut faire peur et susciter une incompréhension qui se manifeste par de la violence ».

Des violences conjugales

Au sein d’un couple, notamment, la survenue d’un handicap au cours de la vie peut être mal vécue par les conjoints. Dans une vidéo en ligne sur le site de FDFA, Cécile, 30 ans, déficiente visuelle, raconte. Après son mariage avec Nicolas, on lui diagnostique une myopathie. « Je pense qu’il n’a pas supporté mon nouveau handicap, dit-elle. D’abord, il est devenu odieux, puis violent et pervers. » Le quotidien de la jeune femme devient alors une suite d’humiliations. Par exemple, il lance le fauteuil roulant de sa femme dans des pentes sans se soucier des cris d’effroi de celle-ci. Ou encore il place des objets, comme des clés, en hauteur, pour l’empêcher d’y accéder...

Autre phénomène, certaines femmes handicapées banalisent voire minimisent la violence subie. « Ces femmes s’estiment chanceuses qu’un homme s’intéresse à elles malgré leur fauteuil, le fait qu’elles boitent ou qu’elles soient dépendantes », analyse Clotilde Largillier. Leur fragilité et le manque d’estime d’elles-mêmes renforcent encore cette minimisation. Dès lors, ajoute- t-elle, «  elles seront plus sujettes à accepter voire à adopter, de façon inconsciente, une attitude qui va provoquer le passage à l’acte. »

Dans l’écoute téléphonique qu’organise FDFA, « nous entendons parfois des choses qui dépassent l’entendement. Je me dis que ce n’est pas possible, qu’on ne peut pas aller jusque-là », s’émeut Clotilde Largillier, également coordonnatrice de la ligne d’écoute FDFA. « Nous essayons de leur faire comprendre que ce qu’elles subissent n’est pas normal, et que ce n’est pas une fatalité. Surtout, nous leur assurons que nous les croyons », insiste t-elle. L’objectif est de les faire sortir de leur milieu maltraitant. Mais ce n’est pas simple. « Certaines appellent pour la première fois alors que cela fait vingt ans que leur situation perdure. En sortir prend du temps. » Pour quitter un foyer maltraitant, il faut en avoir les moyens. « Nous incitons les femmes à porter plainte, mais nous sommes prudents sur cette question. Si la personne n’a pas la possibilité de partir et d’être accueillie, la maltraitance peut redoubler », observe Clotilde Largillier.

La France manque cruellement d’hébergements d’urgence ou de services d’accompagnement accessibles aux femmes handicapées. C’est d’ailleurs l’une des revendications fortes de l’association. Autres pistes d’action : mettre en place une étude pour mieux constater ce phénomène, former les professionnels de santé, d’éducation, de police et de justice, informer les femmes handicapées sur leurs droits et les accompagner dans leurs plaintes, informer et sensibiliser le grand public pour changer le regard sur ces femmes et sur le handicap de manière générale. Le HCE a repris les préconisations de FDFA dans son rapport de 2016. « Nous œuvrons et militons sur la capacité à «être autrement capable», précise Clotilde Largillier. Nous voulons montrer que le handicap n’est pas constitutif de la personne. La personne est un individu avant d’être handicapée. »

La FDFA accompagne les victimes

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La FDFA accompagne les victimes

L’association Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA) a été créée en 2003 par la psychologue et militante des droits des femmes handicapées Maudy Piot, elle-même déficiente visuelle, décédée en décembre 2017 (voir portrait p. 78). Au-delà de son action auprès des pouvoirs publics pour faire prendre en compte la question des violences faites aux femmes handicapées, l’association accompagne les victimes. Cet accompagnement comprend une écoute bienveillante par des personnes formées et une assistance juridique, sociale et psychologique. Des ateliers sont également proposés. Ils permettent, d’une part, à ces femmes de sortir de chez elles et de se retrouver entre elles. D’autre part, ces ateliers peuvent contribuer à la reconquête de leur estime de soi et à une prise d’autonomie grâce à un retour à l’emploi.