Deza : la femme qui piétine les préjugés
Rencontre avec Deza Nguembock, conférencière et entrepreneure sociale qui a fait de la lutte contre les préjugés sa raison d'être. Dans cette interview, Deza nous partage sa vision de l'entrepreneuriat, du handicap et du rôle des entreprises dans l'inclusion des personnes.

Deza pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis Deza Nguembock, une parisienne riche de cultures diverses et un pur produit de la diversité. J'aime rappeler que le destin m'a donné une chance immense, celle d'être une femme, noire et handicapée. Je suis par ailleurs entrepreneure sociale et conférencière. L'inclusivité, l'accessibilité et le vivre-ensemble en entreprise ou dans la cité sont mes sujets de prédilection.
Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l'entrepreneuriat ?
L'entrepreneuriat n'était pas sur ma ligne de mire en finissant mes études. Comme la plupart de jeunes diplômés, j'espérais entrer dans le milieu professionnel en trouvant un emploi. Mais comme dit un proverbe africain, "l'herbe ne pousse jamais sur la route où tout le monde passe" alors, j'ai dû choisir une autre route. Celle de l'entrepreneuriat qui a été avant tout le chemin de la résilience personnelle qui m'a permis de transformer un sentiment d'injustice, une colère en énergie positive. L'entrepreneuriat m'a ouvert le champ de la créativité, ce petit supplément d'âme qui bouscule les évidences et permet de transformer l'impossible en possible. Cela a été aussi pour moi, le chemin de l'engagement pour contribuer à faire en sorte que le mot inclusion ne soit plus un vœu pieux, mais une réalité dans notre société.
A votre avis, comment changer le regard sur le handicap ?
Il y a plusieurs façons de changer le regard sur le handicap. Il s'agit premièrement d'arrêter de penser que cela ne concerne que les autres. Aujourd'hui, 1/6ème de la population française est directement impacté par le handicap et sachant que 85% de handicaps surviennent au cours de la vie, personne n'est à l'abri. Cela peut toucher nos grands-parents, nos parents, nos frères, notre conjoint, nos enfants... et je suis persuadée que nous ne voulons pas traiter nos proches avec dédain alors il est temps d'affûter notre regard. Et comme disait Oscar Wilde, "La beauté est dans les yeux de celui qui regarde".
Deuxièmement, changer le regard sur le handicap passe par changer le regard sur soi-même et sur ses propres peurs. Si au contact d'une personne handicapée nous sommes mal à l'aise, nous devons chercher au plus profond de nous-même ce qui provoque ce malaise. Ce travail est essentiel pour trouver la paix avec ses propres démons et pour pouvoir accueillir sereinement l'autre quelle que soit sa condition.
Troisièmement, cela passe aussi par abattre les murs qui nous séparent des personnes handicapées. Car c'est seulement à leur contact que nous pouvons sortir de nos certitudes sur ce que sont leurs réalités de vie, et apprendre à dépasser notre complexe de supériorité ou notre vision misérabiliste des handicapés. Plus tôt ces ponts seront créés dans notre société et moins il y aura besoin de faire ce travail.
Quel est le rôle des entreprises dans l'inclusion des personnes en situation de handicap (et globalement de toutes les diversités).
Les entreprises doivent être le reflet de la société en cela, elles se doivent d'améliorer leur politique de ressources humaines pour ne plus se priver de talents ; pour recruter et accompagner durablement toute sorte de personnes dans leurs structures. Je précise qu'il s'agit d'abord d'un avantage concurrentiel considérable pour elles car cette diversité va renforcer leur capacité d'adaptation, de résilience et d'innovation. Par ailleurs, si on regarde les choses d'un point de vue de la responsabilité sociétale, les grands groupes doivent prendre leur part en accompagnant ou même en étant précurseurs des évolutions sociétales. Il ne s'agit pas de surfer sur la vague, mais de plonger en profondeur pour contribuer authentiquement à bouger les lignes. Le handicap ne devrait plus être un sujet de conformité ; de plus, les choses seraient beaucoup moins compliquées si les entreprises arrêtaient de l'aborder sous l'angle des incapacités et du manque.
En savoir plus sur Deza : https://deza.paris/
Propos recueillis par Deborah Pahl